Nous entrons aux Bahamas par les îles du sud. Pas moins de 700 îles composent cet archipel coralien. Il est très étendu, 400 milles du nord au sud de Cuba à la Floride. La navigation est loin d’être facile. D’une part, la météo offre des vents de tous les secteurs avec les coups de nord parfois violents. D’autre part, la navigation dans les hauts fonds demande une très bonne préparation et une grande attention. Jusque là, la cartographie électronique sur Navioncis a été fiable. Depuis que nous avons rencontré John, les Explorer Charbook nous sont d’une aide précieuse. Ils donnent des informations sur les passages recommandés (Cut entre la haute mer et les banks). Le courant peut y être très fort selon le marnage et l’heure de la marée.

27-29 mars 2019 – Mayaguana – Abraham Bay

Nous laissons derrrière nous les Turks & Caïcos pour rejoindre les Bahamas. Nous arrivons sur l’île de Mayaguana après une navigation de 57 milles. Le manque de vent d’Est oblige à maintenir un appui moteur sur tout le parcours, d’autant plus, qu’il faut faire l’entrée dans Abraham Bay de jour afin de contourner le récif et des différentes Cays avant de trouver un mouillage abrité avec un fond suffisant compte tenu de la marée.

A 18h nous mouillons au milieu du lagon dans 1,8 m d’eau transparente sur un fond de sable blanc, le cadre est superbe.

Je pars à terre le lendemain matin pour effectuer les formalités. Mayaguana ressemble à une île abandonnée ; quelques maisons plus ou moins vétustes et des petits bâtiments administratifs. Impossible de faire la Clearance d’entrée, on me demande d’aller à Clarence Town sur Long Island ou George Town sur Great Exumas. Je croise des hatitants, et même la police qui sont ravis de discuter avec les bateaux de passage. C’est leur seul contact avec l’extérieur car l’île ne propose aucune activité touristique. Je cherchais à faire remplir deux jerricans de diesel. Un habitant sur son scooter rouge arrive vers moi prêt à rendre service. Il me donne rendez-vous à 16h sur le dinghy docks. Il part avec mes deux jerricans qu’il se propose de m’apporter sur le bateau le lendemain matin. Ils sont vraiment exceptionnellement gentils. Je n’aurais jamais vécu une telle rencontre dans d’autres pays européens. Je cherchais du wifi pour récupérer les fichiers grib de la météo. La personne du bureau BTC (le Orange local) m’a offert d’utiliser le wifi de son bureau. Merci encore.

L’après-midi, nous retournons à terre pour envoyer quelques messages et se dégourdir les jambes. A chaque rencontre, nous nous arrêtons pour discuter avec les habitants tous aussi gentils et accueillants les uns que les autres. Marilou rencontre un jeune homme qui peint une fresque sur un mur. Il nous raconte être le professeur de l’école de l’île ; 20 élèves de 3 à 17 ans. Ils doivent ensuite partir pour Nassau à l’université.

A Mayaguana le lagon est exceptionnel. A terre il n’y a rien à voir mais surtout ne manquez pas le détour, la richesse se trouve dans le cœur des habitants. On prend une énorme claque tellement c’est aux antipodes de nos vies françaises citadines consuméristes.

30 mars 2019 – Acklins Island – Attwood Harbor

48 milles au O-N-O nous touchons Acklins Island. Nous ferons deux arrêts sur ce groupe d’îles. Le premier au Nord-Est dans Attwood Harbor, une baie avec une plage presque circulaire de sable fin. Nous sommes le seul bateau. Ce mouillage est de toute beauté. On se sent seul au monde et nous avons presque l’impression d’être les premiers à fouler le sable de cette plage.

31 mars 2019 – Crooked Island – Pitts Town Point

Une nouvelle journée calme en mer pour ces 30 milles qui nous mênent à l’ouest vers Crooked. Vers midi 3 dauphins s’approchent du bateau. Le plus curieux est à 2 mètres sur notre tribord au niveau du cockpit. Il mesure près de 2 mètres. Sa peau gris foncée laisse apparaître des trainées blanches, souvenir d’une lutte avec ses congénères ou un prédateur. A 3 reprises il respire, son évent s’ouvre et laisse sortir un mélange d’air et de vapeur d’eau. C’est exceptionnel de le voir de si près. Le groupe reprend ensuite son chemin tranquillement. Nous n’avons pas eu le temps de sortir l’appareil photo mais restons subjugués par un tel spectacle.

Il faut déborder largement le récif avant de virer au sud pour se mettre sous le vent et la houle à Pitts Town Point. Le phare est majestueux puis nous découvrons une plage avec des fonds d’un bleu turquoise superbe. Nous mouillons sur fond de sable à 5 mètres et profitons immédiatement de l’eau claire.

1er/3 avril 2019 – Long Island – Clarence Town

Atlantide passe quelques jours à Clarence Town. Marilou avec Delphine en profite pour préparer et avancer les évaluations de CM2 et pour les envoyer à Legendre. Le capitaine s’attèle à des petits travaux d’entretien (couture de lazy bag, pompe de wc, robinet eau de mer, annexe, plein de diesel). Il faudra attendre George Town pour essayer de trouver un raccord de robinet sous l’évier du carré qui a lâché sans prévenir. Nous rencontrons deux bateaux français, Francine et François sur Yovo originaires de Charlieu et Christine et Michel sur Spica un New Outremer 45 avec lequel ils parcourent les Antilles et les US depuis 3 ans. Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas croisé de compatriotes. Peut-être Saint Martin. Nous profitons d’un café sur Atlantide et de l’apéritif du soir sur Spica pour échanger sur nos expériences de navigation. Spica ayant déjà parcouru les Exumas, Christine et Michel nous donnent de précieux conseils sur les Cut à passer (passage entre la mer et le bank) , les mouillages les plus beaux et biens protégés, les îles à voir (et à ne pas voir), les bars ou respirer l’ambiance locale. Nous les remercions chaleureusement pour cet échange et leur souhaitons bon vent pour la suite de leur parcours vers le Pacifique.

Nous attendons nos amis Jeanne, Gérault et leurs 4 enfants sur Comalvi. Nous sommes parti ensemble de la Martinique. Nous les avions quitté aux Grenadines (à Union). Ils ont fait route sur le Venezuela puis la Jamaïque et Cuba. Nous trépignons d’impatience de nous retrouvers. Nous avons tellement de choses à nous raconter.

Ce mouillage est beau, calme, vaste, abrité. Bref il est juste parfais …

En fin de journée, un pêcheur découpe une dorade sur le ponton. Les restes sont appréciés des requins nourrice.

5/10 avril 2019 – Long Island – Calabash Bay

Nous avons navigué sur 50 milles pour remonter au nord de Long Island. Passé le Cap Santa Maria nous allons sous le vent sur Calabash Bay. Les deux catamarans mouillent par 3 mètres de fond de sable dans une eau claire. Si Calabash Bay est parfaitement protégé des vents de secteur nord-est à sud-est la baie est ouverte aux vents d’ouest nous y subirons ces vents lors d’une bascule résultant d’un passage de frond froid accompagné de grains. Les frigos étant vides nous partons ensuite sur George Town.

11/16 avril 2019 – Great Exumas – George Town

A George Town, nous espérons y trouver des commerces. Notre dernier plein en produits frais était à Provo aux Turks. Entre les deux, rien à se mettre sous la dent. Et ne comptez pas aller au bistro pour améliorer l’ordinaire, il y en a peu, pas très bon et hors de prix (comme tout aux Bahamas). Elisabeth Harbor, la baie qui abrite George Town, est très vaste. Sur l’ouest, les îles qui la ferment, offrent de magnifiques plages dont Sand Dollar Beach, Momunent Beach et Chat’ n ’Chill devant lesquels de nombreux bateaux viennent mouiller. Nous avons passé 2 jours devant Chat’ n ’Chill dont le bar est un point de rendez-vous incontournable (5$ la bière). A ne pas manquer la Conch Salad que vous préparera Ronaldo qui manie le couteau comme un expert (10$ la portion). Les conches sont ouvertes sur la plage, les restes servent à nourrir les raies qui passent entre les jambes des nageurs. Les enfants ont passé l’après-midi à nourrir ces raies totalement inoffensives. Le second soir sur place le vent est totalement tombé laissant la place à des hordes de moustiques. Avant la tombée de la nuit nous changeons de mouillage pour nous éloigner du rivage des mangroves.

17 avril 2019 – Great Exumas George Town -> Lee Stocking Island

A partir de Great Exumas, en remontant au nord-ouest toute une succession d’îles ferment le bank des eaux de l’Atlantique. Entre certaines îles les « cuts » permettent de passer des eaux profondes de l’océan (600 à 1700 mètres de fond) aux eaux de lagon (maximum 6 mètres de fond). Ces « cuts » peuvent être très délicats à négocier. La houle levée par les vents d’ouest frappe le côté au vent des îles. Sous l’effet de la marée le bank se remplit et se vide deux fois par jour. Le marnage moyen est de 0,80 à 1,20 mètres. Il résulte de ces deux contraintes un courant très violent dans les « cuts ». Enfin, ll est préférable de négocier les entrées à l’étale de basse mer ou de pleine mer.

De plus, pour naviguer dans le bank il faut toujours avoir le soleil dans le dos pour lire les hauts fonds : Vert foncé, profondeur 2/4 mètres et fond d’herbe :

  • Bleu foncé, profondeur supérieure à 4 mètres
  • Bleu turquoise, profondeur 1,5 à 4 mètres, fond de sable
  • Bleu turquoise très clair à blanc, profondeur 0,2 à 1 mètres, banc de sable
  • Petite tâche noire sur un fond bleu turquoise, têtes de coraux
  • Grande tâche noire sur un fond bleu, récif de coraux ou roches
  • Ecume blanche et/avec vaguelettes, rochers ou récif affleurants.

Nous progressons au moteur sur ces fonds avec 4 vérifications en simultanée :

  • Un équipier à la proue pour surveiller les têtes de coraux mal et pas cartographiées,
  • Un œil sur le sondeur. Celui d’Altantide indique la hauteur sous le sondeur (à 0,20 du point bas du bateau),
  • Un œil sur la carte électronique Navionics,
  • Un œil sur l’Explorer Charbook.

Nous sortons d’Elisabeth Harbor en suivant scrupuleusement la trace conseillée. Après 15 milles côté Atlantique nous atteignons le waypoint d’entrée de Rat Cat (23°44’10N-76°02’10W). Le Cut fait moins 100 mètres de large l’entrée vers 12h30 à l’étale se fait sans facilement. Derrière, nous permettrons dans un lagon magnifique. Le passage entre Rat Cay et Pingeon Cay (23°43’70N-76°02’90W) est paysage de carte postale. Nous contournons Childrens et Windsock avant de trouver le mouillage de Lee Stocking (23°46’30N-76°06’60W).

Lee Stocking Island abritait le Caribbean Marine Research Center (Centre de Recherche Marine dépendant du NOAA américain). Il a été actif de 1984 à 2012. La visite des bâtiments en ruine est une désolation. Les meubles, dossiers, matériels, véhicule sont restés en place comme si le départ s’est fait en catastrophe. La déconstruction et la remise en état du site sont manifestement le dernier souci des américains gestionnaire des lieux non respectueux de l’environnement.

18 avril 2019 – Lee Stocking Island -> Rudder Cut Cay

Il n’y a pas assez de fond, il faut ressortir sur l’Atlantique pour remonter au nord. Le passage d’Adderly Cut (23°47’50N-76°06’30W) est mouvementé. Sur 500 mètres les vagues malmènent notre catamaran. Ensuite, en pleine mer nous retrouvons une houle régulière mais courte de 1 mètres. Sous Gennaker nous parcours rapidement les 8 milles avant de rentrer à nouveau dans le bank par Rudder Cut (23°52’25N-76°13-40W) un peu plus large donc moins rouleur. 1 mille à l’ouest nous mouillons dans une très belle baie avec deux grottes et une jolie plage dont le panneau nous rappelle que cette île est privée.

19 avril 2019 – Rudder Cut Cay -> Little Farmers Cay

Nous décidons de quitter Rudder Cut Cay malgré un fort vent de sud-est car un passage grains est annoncé. Il y a un peu moins de 10 milles pour se rendre à Little Farmer en faisant route à travers le bank. Le courant est très fort autour de Little Farmers Cay car un « Cut » est juste en face de l’île. Après deux tentatives, reprises à cause d’un courant très puissant, nous décidons de mouiller au nord de l’île juste avant la piste de l’aérodrome.

Le vent s’est calmé en début de soirée pour laisser la place à de grosses averses de pluie pendant la nuit.

Sur cette île vit une communauté d’une cinquantaine de bahaméens tous descendants des deux enfants de Crisanna une esclave de Great Exumas ; Michaels Joseph Nixon qui eut treize enfants et Adams Brown eut cinq enfants. Les habitants vivaient de la culture et de la pêche. Très tôt, l’île dispose des équipements tels que l’eau, l’électricité, un dispensaire, une marina et une piste d’aérodrome.

Le lendemain après-midi, nous profitons d’une accalmie pour reprendre la route toujours au nord-ouest en direction de Staniel Cay.

20/21 avril 2019 – Little Farmers -> Staniel Cay

Il faut faire 13,3 milles pour atteindre Staniel Cay par le bank. Pratiquement en vent arrière nous progressons avec le solent et les moteurs pour garder de la réativité si il fallait en urgence contouner des hauts fonds. Nous passons un récif par le waypoint de South Staniel (24°08’80N-76°26’86W). Nous mouillons au nord d’un petit îlot un demi milles plus au nord.

Staniel Cay est très animé comme en témoigne le nombre de bateaux au mouillage. Le bar de Yatch Club est le point de rendez-vous de fin de journée. La nuit suivante, un véritable déluge de pluie accompagné d’éclairs s’est abbatu sur nos têtes. Heureusement, le matin le ciel s’est vite dégagé. Il devait bien y avoir 70 litres d’eau dans l’annexe. Nous avons choisi de visiter le temple Baptiste de Staniel pour ce dimanche de Pâques. C’était pour nous une première. L’office de 2 heures était un peu long pour les enfants, mais les chants étaient très rythmés et entrainant, les allocutions pleines de ferveurs de « amen », « alleluia » et d’applaudissements.

L’après-midi nous improvisions une « Easter Egg Hunt » sur la petite plage de l’ilot en face des bateaux.

22 avril 2019 – Big Major Spot

Le vent tourne au nord. C’est le moment de nous déplacer de Staniel Cay à Big Major Spot (6,3 milles) pour retrouver un mouillage plus calme. N’étant pas certain que les fonds soient suffisant malgré la pleine mer nous préférons contourner Staniel Cay pour l’ouest d’Harvey Cay.

La principale attraction de Big Major se sont ses cochons (pas vraiment sauvage) qui vivent sur la plage. Dès qu’une annexe arrive ils n’hésitent pas aller dans l’eau espérant quelques friandises ; pomme, pdt, carotte.

La journée se clôture par un apéritif sur Comalvi. Notre 275ème coucher de soleil en mer a été flamboyant. De nombreux requins nourrices et raies passent sous le bateau.

24 avril 2019 – Staniel Cay -> Compass Cay

Petit trajet de 6,5 milles pour remonter au nord sur Compass Cay. En cours de route le second flexible de raccordement d’arrivée d’eau sous évier nous lâche. En quelques secondes l’équipet se remplie d’eau chaude. Gérault sur Comalvi me prête un bouchon provisoire. Heureusement Gilles notre chef de bord de transat retour apporte deux flexibles neufs car les formats US ne sont pas les mêmes (bien sûr !!!). Nous mouillons sur le côté nord-ouest de Compass Cay sur fond de sable de 3 mètres, seul au mouillage (24°16’577N-76°31’592W).

Sur Compass Cay il faut aller au Bubble Bath sur la pointe nord de l’île. Une petite trouée dans la barre rocheuse sur la face Atlantique permet à la houle de verser dans la mangrove du côté bank. Un joli point vue, et c’est l’occasion de s’amuser avec les vagues.

25 avril 2019 – Compass Cay -> Shroub Cay

Nous montons sur Shroub Cay. La mer calme du bank permet pendant cette navigation de 23,7 milles de faire l’école, des petits bricolages et nettoyage à bord.

Shroub Cay est totalement occupée par la mangrove. Les canaux se remontent en annexe (à marée haute de préférence) pour rejoindre un lagon intérieur et les plages sur la face Atlantique. Nous croisons de petite tortue (20 à 30 cm de diamètre) et des petits requins (40cm environ) qui grandissent dans cet écosystème protégé des prédateurs des hautes mers.

26 avril 2019 – Shroub Cay -> Normans Cay

Seulement 4,3 milles au moteur pour rejoindre la pointe sud de Normans Cay. Nous mouillons dans la passe qui rejoint le Cut (24°35’628N-76°48’572W) juste à côté de l’épave d’un avion que nous allons immédiatement exploré en MPT. Nous plaçons l’annexe sous le courant qui très fort pour sécuriser notre sortie. C’est une exploration originale dans si peu de fond. L’épave est le refuge de nombreux poissons. Un barracuda de 2 mètres tourne autour attendant sous festin.

L’avion serait un Curtiss Commando C46 qui été descendu par les douaniers américains en 1980. Normans Cay a été une base logistique du trafiquant Carlos Lehder. Il fit construire une piste d’atterrissage d’un kilomètre de long. De 1978 à 1982 les avions de grosse capacité arrivaient de Colombie. Le chargement repartait ensuite sur les Etats-Unis dans des petits avions. Les douaniers Américains surveillait le golf du Mexique mais pas cette partie des Bahamas. Après l’air Lehder la piste de Normans Cay aurait été parfois utilisée par la CIA pour des opérations spéciales. Aujourd’hui l’île est en cours de reconstruction avec une nouvelle marina.

27 avril – 1er mai 2019 – Nassau

New Providence, sur laquelle se trouve la capitale Nassau, est bien l’île des Bahamas qui a le moins d’intérêt. Si vous n’avez pas de besoin d’avitaillement ou de réparation à faire ne vous y arrêtez pas. C’est laid, partiellement en ruine, peu sécurisant et surfait sur Paradise Island. Passez votre chemin …

Nous avons dû y rester 4 jours pour refaire des courses et attendre que passe un front froid derrière lequel passaient des grains nourris. Pour occuper les enfants, nous avons visité le musée des pirates qui propose de belles mises en scène. Les tarifs d’entrée sur le parc d’attraction de Paradise Island étaient prohibitifs (115$/adulte).

2 mai 2019 – Nassau -> Chub Cay

Le temps pluvieux en début de matinée nous a fait hésiter à partir. De plus, la batterie de démarrage moteur sur tribord a rendu l’âme après 5 années de bons et loyaux services. Après vérification la petite sœur à babord montre des signes de vieillesse. Regrettant de devoir faire cet achat aux Bahamas plutôt qu’aux US, je pars chez le Ship et revient avec deux batteries neuves vendues à prix d’or ; ça pique … mais ça démarre au quart de tour.

Vers 11 heures, le ciel se dégage, nous décidons de partir. C’est le moment des « au revoir » avec nos amis de Comalvi qui partiront de leur côté sur les Bermudes pour négocier le trajet de retour sur la France. C’est difficile de se séparer après un mois passé ensemble sur les Bahamas. Après les accolades, embrassades et petites larmes nous quittons Nassau poussés par un vent d’est pour nos dernières navigations sur les Bahamas.

3 mai 2019 – Chub Cay -> Bimini Cat Cay

Le réveil sonne à 6 heures car nous avons une navigation de 79 milles pour traverser le Great Bahamas Bank. Les fonds varient de 2 à 5 mètres. C’est la route classique des bateaux qui retournent aux US. C’est un peu l’autoroute des bateaux qui se suivent ou se croisent. Pour éviter une navigation de nuit sur ces hauts fonds tout le monde progresse avec un appui moteur. Nous avons eu du vent sur le premier tiers du parcours puis il a faibli petit à petit et jusqu’à la pétole totale. Nous arrivons à 21h sur Bimini et mouillons de nuit sur la côte Est de Cat Bay.

4 mai 2019 – Bimini Cat Cay -> Biscayne Bay

C’est aujourd’hui notre dernière navigation sur les Bahamas. Nous les quittons avec un gros pincement au cœur car nous avons adoré ces îles sauvages et les moments incroyables partagés avec tout l’équipage de Comalvi (Côme, Maxime, Alix, Victoire, Jeanne et Gérault) pendant un mois. Nous resterons marqués à vie par la beauté de ces îles, ces plages, ces mangroves, ces eaux limpides.

Debout à 6 heures pour lever l’ancre et passer notre dernier « Cut » qui nous ouvre le canal de Floride. Il nous faut faire 46 milles pour le traverser et rejoindre l’entrée de la baie de Biscayne. Heureusement le vent est de la partie ; 12 à 15 nœuds de travers nous permettent de filer à 7,5 nœuds. Nous croisons bon nombre de cargo qui font route le long de la côte de Floride pour ralier (ou en provenance) le golf du Mexique ou Cuba. La vigilance est de mise. Au fur et à mesure de notre route nous nous rendons compte de l’importance du Gulf Stream ; ce courant d’eaux chaudes qui remonte du Golf du Mexique, s’engouffre dans le canal de Floride et vire à l’est dans l’Atlantique. Nous en ressentons les effets jusqu’en Europe. Aux deux tiers de notre traversée ce courant est si puissant qu’il nous faut faire un cap à 225° (sud-ouest) pour pouvoir tenir une route fond à 272° (presque plein ouest). Il faut cumuler voile et moteur pour lutter. Au loin nous apercevons les grattes-ciel de Miami. Le retour à la civilisation va être un choc.

Nous atteignons, non sans peine, le chenal d’entrée de la baie de Biscayne. Les motorboats des américains déboulent à toute vitesse comme des sauvages en levant des vagues alors que nous nous présentons aux premières balises au moteur à 5 nœuds. Après 7 milles, nous mouillons devant Dinner Key Marina face au quartier de Coconut Grove. La baie de Biscayne n’offre que peu de fond, l’eau est verte le fond d’herbe et de vase donne l’impression d’être très sale ; fini les baignades. Nous descendons l’annexe et partons en repérage dans ce quartier qui sera notre base pendant 15 jours. Moly qui n’avait pas eu le droit de quitter le bord pendant tout notre séjour aux Bahamas exulte de joie en Floride d’autant plus qu’il y a beaucoup de chiens à Miami.